En novembre, l'artisan AE ouvre son espace professionnel sur impots.gouv.fr et tombe sur un avis de 380 €. Il pensait être exonéré parce qu'il n'a pas de local commercial et travaille depuis son domicile. Erreur. La cotisation foncière des entreprises s'applique même dans ce cas — sauf deux situations précises. Ces situations, c'est ce qu'on explique ici.
C'est quoi la CFE et qui la paie ?
La cotisation foncière des entreprises est un impôt local annuel dû par tous les professionnels indépendants qui exercent une activité non salariée de façon habituelle (art. 1447 du CGI). L'auto-entrepreneur du bâtiment — plombier, électricien, maçon, peintre — y est assujetti au même titre qu'un artisan en EIRL ou qu'une SARL. Être au régime micro n'exonère pas de la CFE.
La base de calcul dépend de votre situation :
- Vous exercez depuis votre domicile personnel (le cas de la grande majorité des artisans AE BTP) : pas de valeur locative propre à déclarer. La commune fixe une cotisation minimale — un montant forfaitaire calculé en fonction de votre chiffre d'affaires de référence.
- Vous avez un local commercial (atelier, entrepôt, dépôt) : la base est la valeur locative de ce local. La CFE peut alors être sensiblement plus élevée que la cotisation minimale.
La CFE est distincte des cotisations URSSAF et des autres charges de l'artisan AE — c'est une taxe locale collectée par les collectivités territoriales, pas une cotisation sociale. Elle ne figure pas dans le taux de 21,2 % URSSAF.
Exonération automatique la première année
L'année civile de création de votre auto-entreprise, vous ne payez aucune CFE — quelle que soit votre commune, votre activité ou votre niveau de CA.
Cette exonération est prévue par l'article 1478 du CGI : l'année de création d'un établissement, la base n'est pas imposée. Elle est automatique — aucune démarche à effectuer. Vous ne recevrez pas d'avis de CFE en novembre de l'année de création.
Exemple : vous créez votre auto-entreprise de plomberie en mars 2025. Aucun avis de CFE pour 2025. En novembre 2026, le premier avis arrive — paiement avant le 15 décembre 2026.
Le piège classique : croire que l'exonération première année est permanente ou liée au statut AE. Non. C'est une exonération unique à la création — dès la deuxième année civile, la CFE est due normalement.
CA ≤ 5 000 € en N-2 : cotisation minimale à zéro
Hors première année, il existe une deuxième exonération possible : si votre chiffre d'affaires de la période de référence (N-2) ne dépasse pas 5 000 €, la cotisation minimale de CFE est ramenée à zéro (art. 1647 D du CGI).
La période de référence pour la CFE d'une année N, c'est le CA de l'année N-2 :
- CFE 2026 → CA de référence = CA encaissé en 2024
- CFE 2027 → CA de référence = CA encaissé en 2025
Concrètement : si votre CA 2024 n'a pas dépassé 5 000 € (activité suspendue, congé longue durée, démarrage tardif, ou faible activité), vous ne payez pas de CFE en 2026. La cotisation reprend dès l'année suivante si l'activité reprend.
Avis de CFE reçu à tort ?
Si vous pensez être exonéré (CA nul ou ≤ 5 000 €) et que vous recevez quand même un avis, contactez votre SIE (service des impôts des entreprises) via la messagerie sécurisée impots.gouv.fr avec vos déclarations URSSAF attestant le niveau de CA. L'administration corrige généralement sans difficulté.
Montant en pratique : 220 à 1 600 €/an
Pour l'artisan AE sans local commercial, la CFE = cotisation minimale communale. Cette cotisation est fixée chaque année par la commune dans des fourchettes définies par l'État selon votre tranche de chiffre d'affaires.
CFE artisan AE BTP — montants indicatifs 2026 (varient selon commune)
| CA de référence (N-2) | CFE indicative/an |
|---|---|
| CA nul ou ≤ 5 000 € | 0 € — exonéré |
| Inférieur à 10 000 € | ~220 – 500 € |
| 10 001 à 32 600 € | ~220 – 800 € |
| 32 601 à 100 000 € | ~400 – 1 600 € |
Montants indicatifs — le montant exact dépend du taux voté par votre commune. Consultez votre avis sur impots.gouv.fr espace professionnel.
Le bon réflexe : provisionner 40 à 50 € par mois dès la deuxième année. Sur un compte épargne dédié ou une simple enveloppe budget, ça suffit pour absorber l'avis de décembre sans douleur. Pour mettre ce montant en perspective avec l'ensemble de vos charges, voir Charges auto-entrepreneur bâtiment 2026 : cotisations, TVA, impôts.
Comment consulter et payer
Accéder à l'avis
L'avis de CFE est disponible chaque novembre dans l'espace professionnel sur impots.gouv.fr, rubrique « Consulter » → « Avis CFE/IFER ». Il n'est pas envoyé par courrier postal. Si vous n'avez pas encore créé votre espace professionnel, faites-le avant novembre : sans espace, vous ne recevrez aucune alerte et risquez de rater l'échéance.
Date limite et pénalités
Le paiement est dû avant le 15 décembre de chaque année. En cas de retard, une majoration de 10 % s'applique automatiquement dès le 16 décembre — sans mise en demeure préalable.
Acompte si CFE supérieure ou égale à 3 000 €
Si votre CFE est supérieure ou égale à 3 000 €, un acompte de 50 % est exigible le 15 juin. Pour la grande majorité des artisans AE BTP dont la CFE reste inférieure à ce seuil, un seul paiement en décembre suffit.
Pas de déclaration annuelle si rien n'a changé
Contrairement à la déclaration URSSAF (mensuelle ou trimestrielle), la CFE ne demande pas de déclaration annuelle si votre situation n'a pas évolué. L'administration calcule la base à partir du CA que vous avez déclaré à l'URSSAF. Si vous changez d'adresse ou acquérez un local professionnel, signalez-le à votre SIE.
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1. Radiation URSSAF sans notification au SIE — la CFE continue
Quand vous radiez votre auto-entreprise via le guichet unique (formalites.entreprises.gouv.fr), la radiation ne remonte pas automatiquement au service des impôts des entreprises. Sans déclaration expresse de cessation au SIE, vous continuez à recevoir des avis de CFE pour une activité que vous n'exercez plus.
La démarche : envoyez un message via la messagerie sécurisée de votre espace professionnel impots.gouv.fr en indiquant la date de cessation et en joignant l'accusé de radiation. C'est rapide, ça prend 5 minutes, et ça stoppe la CFE l'année suivante.
2. Oublier de provisionner en décembre
Décembre, c'est souvent le mois où les chantiers ralentissent, où les règlements clients tardent — et où la CFE tombe. Sans provision, l'artisan se retrouve à payer 400 € d'un coup au mauvais moment. Le réflexe : mettre de côté 40 à 50 € par mois dès la deuxième année. Pour une gestion complète de votre fiscalité AE, le versement libératoire de l'IR peut aussi simplifier vos prévisions.
3. Croire que l'exonération première année est permanente
C'est le malentendu le plus courant. L'exonération de la première année civile (art. 1478 CGI) ne concerne que l'année de création — une seule fois. Beaucoup d'artisans créent en octobre, ne reçoivent rien jusqu'en novembre de l'année suivante, et pensent être exonérés ad vitam. Le premier avis tombe, ils ne sont pas préparés. La date à retenir : à partir du 1er janvier de l'année N+1, la CFE est due.
Cet article est fourni à titre informatif. Les montants de CFE varient selon la commune et le niveau de CA de référence. Les fourchettes présentées sont indicatives — le montant exact figure sur votre avis disponible sur impots.gouv.fr. En cas de litige ou de situation atypique, contactez votre SIE ou un expert-comptable.
Questions fréquentes
Un auto-entrepreneur BTP paie-t-il la CFE la première année ?
Non. L'année de création de l'activité, l'auto-entrepreneur est totalement exonéré de CFE (art. 1478 CGI). L'exonération est automatique — aucune démarche n'est nécessaire. Le premier avis de CFE arrive en novembre de l'année suivante, avec paiement avant le 15 décembre.
Que se passe-t-il si le CA de référence est inférieur ou égal à 5 000 € ?
Si votre chiffre d'affaires de la période de référence (N-2) ne dépasse pas 5 000 €, la cotisation minimale de CFE est ramenée à zéro (art. 1647 D CGI). Exemple : si votre CA 2024 n'a pas dépassé 5 000 €, vous ne devez pas de CFE en 2026. La cotisation reprend dès l'année suivante si l'activité reprend.
Quel est le montant de la CFE pour un auto-entrepreneur BTP ?
Pour un auto-entrepreneur domicilié à son adresse personnelle (le cas le plus courant en BTP), la CFE correspond à la cotisation minimale fixée par la commune. Elle varie généralement entre 220 et 1 600 €/an selon la localisation et le chiffre d'affaires de référence. Le montant exact figure sur l'avis disponible en novembre sur l'espace professionnel impots.gouv.fr.
Comment payer la CFE en tant qu'auto-entrepreneur ?
La CFE se paie via l'espace professionnel sur impots.gouv.fr, rubrique « Consulter > Avis CFE/IFER ». Le paiement doit être effectué avant le 15 décembre. Si le montant est supérieur ou égal à 3 000 €, un acompte de 50 % est exigible le 15 juin. En dessous de ce seuil, paiement unique en décembre.
La CFE continue-t-elle après la radiation de l'auto-entreprise ?
Non, mais uniquement si vous avez déclaré la cessation d'activité à votre SIE (service des impôts des entreprises). La radiation URSSAF seule ne suffit pas : sans notification au SIE, l'administration continue d'émettre des avis de CFE. Notifiez le SIE par messagerie sécurisée en joignant l'accusé de radiation.
Sources
- Art. 1447 CGI — Legifrance — champ d'application de la cotisation foncière des entreprises
- Art. 1478 CGI — Legifrance — exonération de CFE l'année de création d'un établissement
- Art. 1647 D CGI — Legifrance — cotisation minimale de CFE : barème selon CA, exonération CA ≤ 5 000 €
- Impots.gouv.fr — CFE et micro-entrepreneur — modalités, calcul, exonérations, espace professionnel
- Service-Public — Cotisation foncière des entreprises (CFE) — conditions, exonérations, calcul, paiement
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